Recrutement dans l’assistanat : regard d’expert sur le « Battle » junior-senior »

Aujourd’hui, peut-on dire que les profils juniors titulaires d’un Bac+3 ou Bac+4 sont une « menace » pour les assistantes seniors justifiant d’une expérience supérieure à dix ans ? Réponse de Gaëlle Marre, directrice de la division Assistante du cabinet de recrutement OfficeTeam.

Les années d’expérience priment ? La fin d’un mythe !

« Contre toute attente, un manager à la recherche d’un profil expérimenté peut, au final, proposer un poste d’assistant de direction à un junior fraîchement diplômé » indique Gaëlle Marre.

« Aujourd’hui, les compétences des juniors titulaires d’un Bac+3 à Bac+5 issus d’écoles de commerce ou de communication entrent en ligne de compte. Plus à l’aise avec le digital et l’informatique, un junior diplômé est un faux débutant. Il a déjà, au cours de sa formation, travaillé en entreprise sur des projets à forte valeur ajoutée. Habitué à apprendre, il peut vite absorber de nouvelles connaissances et s’adapte sans problème.

Autre constat : les périodes de stage imposées par les grandes écoles sont considérées comme de véritables expériences. « En stage, les juniors ont exploré plusieurs facettes du métier et savent parfaitement ce qu’ils aiment faire ou non. Une fois en poste, ils apportent un regard neuf, mais aussi une réelle expertise. Tous les jours, OfficeTeam reçoit de jeunes diplômés justifiant de belles expériences.

Avant, nous recevions surtout des titulaires de Bac et BTS ; aujourd’hui, l’assistanat est vu comme une porte d’entrée dans l’entreprise. Une fois en place, les juniors diplômés vont vite évoluer et occuper des postes à responsabilités ».

Senior libre de tout engagement cherche « sa » place

Face à la concurrence des juniors (sur)diplômés, quels conseils donner aux seniors « chahutés » sur le marché de l’assistanat ? Et quel salaire négocier ?

Gaëlle Marre apporte son éclairage : « Pour donner du poids à sa candidature, un senior expérimenté doit démontrer la cohérence de son parcours avec les attentes du poste. Il peut s’appuyer sur son expérience de la relation clients-fournisseurs, fournir des recommandations et références de ses précédents employeurs. Si le poste est bilingue, et quelle que soit la langue demandée, la compétence déclarée doit être réelle. Même conseil pour la maîtrise des outils informatiques et l’aisance avec les outils digitaux. Sur ce registre, les juniors sont certes naturellement plus à l’aise, mais cette compétence s’acquiert facilement ».

Autre argument : « être à l’aise avec les outils digitaux ne signifie pas être expert dans toutes les missions de l’assistanat. Pour plaider en sa faveur, un senior peut évoquer sa stabilité, son désir de travailler sur le long terme, préciser qu’une fois en poste, formé et performant, il ne s’envolera pas aussitôt pour se lancer d’autres défis. Cependant, ce discours est plus difficile à tenir face à un jeune manager.

Lui-même attaché aux changements, il comprend le besoin de bouger exprimé par les juniors et l’apprécie parce que chaque nouvelle recrue apporte un regard neuf et rebute à s’installer dans la routine.

Néanmoins, le turn-over a un coût, et l’argument peut faire mouche ». En résumé, et pour être recruté en tant que senior, il faut justifier de compétences techniques identiques à celles d’un junior diplômé, faire preuve de souplesse face aux processus de l’entreprise et manifester le désir de progresser. Expérimenté et compétent, stable sans être routinier : telle pourrait être la devise d’un senior en recherche active. À ces conditions, les salaires peuvent être négociés comme le prouvent les fourchettes à large spectre visibles sur les offres d’emploi (entre 40 et 70 k€ selon les profils).

Assistant(e) polyvalent(e) & office manager, deux emplois « fourre-tout » ?

Parmi les métiers administratifs, l’assistanat polyvalent et l’office management s’adaptent bien aux profils des seniors. Mais attention ! Chacun de ces deux métiers veut « tout dire » et ne « rien dire » ! Et, surtout, les grilles salariales proposées varient en fonction des compétences attendues.

« Le profil d’assistant(e) polyvalent(e) s’est peu à peu éloigné du profil PME-PMI auquel il a longtemps été attaché », explique Gaëlle Marre. Si le poste existe encore dans certaines structures, la personne qui l’occupe est à la fois assistante administrative, comptable de l’entreprise en partenariat avec un cabinet d’expertise, référent RH (avec ou sans l’établissement des fiches de paie). Enfin, elle relaie les informations commerciales et s’occupe du suivi des clients… Sa polyvalence est réelle.

« Actuellement, la polyvalence se joue autour de deux ou trois domaines exigés, mais rarement les mêmes. Seul le descriptif de mission va préciser les compétences attendues », ajoute Gaëlle Marre.

Dès lors, ce type d’offre atypique correspond peu aux expériences cumulées par les juniors. C’est donc une belle opportunité à saisir par les seniors s’ils reconnaissent, dans la liste détaillée des missions, une concordance avec leurs expériences.

Même constat en matière de recrutement des profils d’office manager. Soit le poste décrit les missions autrefois attribuées aux assistant(e)s polyvalent(e)s : gestion administrative, comptabilité générale hors bilan, volets sociaux et commerciaux ; soit il liste des missions éclectiques en fonction des besoins de l’entreprise. Un temps à la mode, ce profil est aujourd’hui moins demandé : « En effet, au lieu de recruter des offices managers, les managers redistribuent les missions aux salariés en poste en fonction de leur cœur de métier », précise Gaëlle Marre.

Extrait du dossier « Les salaires dans l’assistanat : et moi, et moi… et moi ? »