Travailler quand on est malade, en parler ou se taire ?

Atteint(e) d’une pathologie qui va, au fil des mois, modifier votre vie personnelle et professionnelle, votre façon d’être ou votre apparence, devez-vous tout dire au bureau ? Maître Joachim Scavello, avocat à la Cour d’appel de Paris et spécialiste du droit du travail, et Élisabeth Durand-Mirtain, formatrice indépendante, vous éclairent.

http://www.activassistante.com/blog/wp-content/uploads/2017/07/Maitre-Scavello.pngGarder le silence, oui, mais…

« Si le droit du travail invite les salariés à être loyaux envers leurs employeurs, rien n’oblige quelqu’un à évoquer son état de santé quand sa pathologie est sans impact sur son travail », explique Maître Scavello. « Dans le cas contraire, garder le silence expose le salarié si son employeur vient à lui reprocher des erreurs dans son travail. En effet, difficile une fois sanctionné(e) d’évoquer une maladie qui aurait pu ou dû faire l’objet d’un aménagement spécifique de poste. »

« Pour les pathologies qui peuvent impacter les missions à effectuer, et en l’absence d’arrêt maladie, le médecin du travail doit être saisi », précise Maître Scavello. « À l’issue du rendez-vous avec l’employé(e), le médecin du travail va contacter l’employeur et lui indiquer les dispositions à prendre ».

Bien entendu, le médecin du travail sera l’unique intermédiaire entre l’employeur (via les ressources humaines) et le salarié. Et ce dernier n’aura ni à se justifier, ni à quémander des heures pour suivre son traitement. »

Elisabeth Durand-MirtainÀ qui en parler ?

« À vous de choisir ce que vous voulez dire et à qui vous confier au bureau », assure Élisabeth Durand-Mirtain. « Mais trop en dire risque de vous exposer aux conseils en tous genres, aux critiques et aux comparaisons sur “la mère d’une amie qui a eu la même chose que vous” ».

L’idéal, poursuit-elle, est de fixer des règles. Par exemple : « Je sais que tu vas t’inquiéter pour moi mais, de mon côté, je suis confiant(e) et je viens au bureau pour éviter de déprimer. Je te préviendrai en cas de changement. Sinon, je préfère continuer à travailler normalement. »

« Si personne n’est au courant, stoppez les rumeurs avant qu’elles ne démarrent et invitez les personnes à rester discrètes : “à ma place, aimerais-tu que tout le monde le sache ?” », ajoute Élisabeth Durand-Mirtain.

Comment rassurer votre entourage ?

La fatigue se lit sur votre visage, vous avez perdu votre joie de vivre… pourtant, vous refusez d’être en arrêt de travail car, malgré tout, vous assumez vos missions.

« Rassurez votre manager et les personnes avec qui vous collaborez au quotidien », ajoute Élisabeth Durand-Mirtain. « N’ayez aucune crainte, mes capacités de travail sont toujours les mêmes, comme vous pouvez le constater tous les jours. »

En revanche, conseille-t-elle, « évitez d’en faire trop ! En voulant à tout prix rester au travail, vous augmentez votre degré de fatigue et vous favorisez le risque d’apparition d’un burn-out ». Elle rejoint ainsi l’avis de Maître Scavello : « Si la maladie, quelle qu’elle soit, diminue les capacités de travail, il est sage d’évoquer la situation avec le médecin du travail », pour aménager le poste ou mettre en place une solution qui vous sera favorable.

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